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English
  N°84    
4ème trimestre 2000
Les nouvelles inégalités
Evelyne Dourille-Feer  
Faisant suite aux débats d'idées sur les causes de la crise des années quatre-vingt-dix, les discussions sur le devenir du modèle capitaliste national se multiplient au Japon. Les mesures de restructurations économiques mettent en jeux, de façon récurrente, l'équilibre égalitaire entre les ménages, aussi bien lorsqu'elles s'attaquent à la pondération du rôle de l'Etat et du marché que lorsqu'elles modifient le comportement des firmes en matière de gouvernance ou de gestion des ressources humaines. La société japonaise est-elle toujours égalitaire ? L'égalitarisme est-il souhaitable ? Dans l'affirmative, en quels termes pourra-t-il exister dans l'avenir? Telles sont les différentes questions abordées sous l'angle des ménages dans cet article.

Les enquêtes conduites par le bureau du Premier ministre ont montré que, depuis une trentaine d'années, près de 90% des ménages se situaient dans la classe moyenne. La comparaison des statistiques japonaises, américaines et françaises sur les revenus des 20% des ménages les plus riches et les plus pauvres, pendant les deux périodes 1975-1986 et 1981-1993, montre que ce sentiment s'est construit sur une base réelle de faibles disparités de revenus. Toutefois, des données plus récentes font ressortir un accroissement moyen des inégalités de revenus, notamment des salaires. Dans l'avenir, les probabilités de creusement de ce type d'inégalités sont élevées compte tenu des nouvelles lois, votées ou en projet, sur l'abaissement des taux d'imposition des tranches de revenus les plus élevés et des taux maximum de taxation sur les héritages. Les évolutions démographiques devraient également contribuer mécaniquement à l'augmentation des inégalités de revenus, celles-ci étant particulièrement marquées chez les plus de cinquante ans. De plus, les nouvelles pratiques d'emploi, salaire au mérite et négociations salariales au cas par cas, ainsi que la précarisation du travail qui se dessinent pour l'avenir, vont toutes dans le sens de l'accroissement des inégalités entre individus. Pourtant les citoyens ne semblent pas très réactifs et il est frappant de voir que nombre de débats politiques et académiques soulignent l'aspect peu incitatif de l'égalitarisme dans la phase actuelle de maturation de l'économie.

Mais, l'économie japonaise pourrait mettre en place de nouveaux équilibres égalitaires, sous la poussée des évolutions démographiques, sociales et technologiques. Une certaine redistribution des cartes du pouvoir économique entre homme et femmes, jeunes et vieux, centre et région ainsi qu'entre employés, employeurs et actionnaires apparaît en filigrane depuis peu. Ainsi, le terrain de l'égalitarisme semble se déplacer en direction d'un nivellement des différenciations hommes - femmes, d'un pouvoir accru des jeunes par rapport aux aînés, d'un recul du rôle de la capitale au profit des régions. Pendant toute la période transition vers ces nouveaux équilibres, la croissance économique risque d'être fragile et les inégalités sembleront l'emporter.

Résumé

Texte intégral

Numéro thématique "La longue crise de l'économie japonaise"  
Inégalités ; marchés de facteurs ; revenus ; démoéconomie ; marché du travail ; croissance ; marchés de facteurs et croissance  
N15 ; N35 ; O10 ; O53 Classification JEL
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