Faisant suite aux débats
d'idées sur les causes de la crise des années quatre-vingt-dix,
les discussions sur le devenir du modèle capitaliste national se multiplient
au Japon. Les mesures de restructurations économiques mettent en jeux,
de façon récurrente, l'équilibre égalitaire entre
les ménages, aussi bien lorsqu'elles s'attaquent à la pondération
du rôle de l'Etat et du marché que lorsqu'elles modifient le comportement
des firmes en matière de gouvernance ou de gestion des ressources humaines.
La société japonaise est-elle toujours égalitaire ? L'égalitarisme
est-il souhaitable ? Dans l'affirmative, en quels termes pourra-t-il exister dans
l'avenir? Telles sont les différentes questions abordées sous l'angle
des ménages dans cet article.
Les enquêtes conduites par le bureau du Premier ministre ont montré
que, depuis une trentaine d'années, près de 90% des ménages
se situaient dans la classe moyenne. La comparaison des statistiques japonaises,
américaines et françaises sur les revenus des 20% des ménages
les plus riches et les plus pauvres, pendant les deux périodes 1975-1986
et 1981-1993, montre que ce sentiment s'est construit sur une base réelle
de faibles disparités de revenus. Toutefois, des données plus récentes
font ressortir un accroissement moyen des inégalités de revenus,
notamment des salaires. Dans l'avenir, les probabilités de creusement de
ce type d'inégalités sont élevées compte tenu des
nouvelles lois, votées ou en projet, sur l'abaissement des taux d'imposition
des tranches de revenus les plus élevés et des taux maximum de taxation
sur les héritages. Les évolutions démographiques devraient
également contribuer mécaniquement à l'augmentation des inégalités
de revenus, celles-ci étant particulièrement marquées chez
les plus de cinquante ans. De plus, les nouvelles pratiques d'emploi, salaire
au mérite et négociations salariales au cas par cas, ainsi que la
précarisation du travail qui se dessinent pour l'avenir, vont toutes dans
le sens de l'accroissement des inégalités entre individus. Pourtant
les citoyens ne semblent pas très réactifs et il est frappant de
voir que nombre de débats politiques et académiques soulignent l'aspect
peu incitatif de l'égalitarisme dans la phase actuelle de maturation de
l'économie.
Mais, l'économie japonaise pourrait mettre en place de nouveaux équilibres
égalitaires, sous la poussée des évolutions démographiques,
sociales et technologiques. Une certaine redistribution des cartes du pouvoir
économique entre homme et femmes, jeunes et vieux, centre et région
ainsi qu'entre employés, employeurs et actionnaires apparaît en filigrane
depuis peu. Ainsi, le terrain de l'égalitarisme semble se déplacer
en direction d'un nivellement des différenciations hommes - femmes, d'un
pouvoir accru des jeunes par rapport aux aînés, d'un recul du rôle
de la capitale au profit des régions. Pendant toute la période transition
vers ces nouveaux équilibres, la croissance économique risque d'être
fragile et les inégalités sembleront l'emporter. |
Résumé
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