La mondialisation de l'économie
implique de forts échanges de biens "en cours de production" : transformés, composants
et pièces détachées, regroupés ici sous le terme de biens intermédiaires. L'échange
de cette catégorie de biens procède donc d'une interruption des processus productifs,
interruption remettant en cause la représentation théorique traditionnelle de
l'échange international. Il apparaît que des renversements d'avantages comparatifs
le long du spectre productif peuvent conduire à une division verticale du travail :
les pays se spécialisent sur des segments de processus plutôt que sur des biens
finals. L'échange international inter-branche de biens intermédiaires est alors
à l'origine d'un gain d'efficacité supplémentaire par rapport au seul échange
de biens finals.
Concernant l'échange intra-branche de biens intermédiaires, la nouvelle économie
internationale met en évidence l'intérêt, pour les producteurs, de disposer d'une
plus grande variété de spécifications de leurs inputs : l'échange international
intra-branche de biens intermédiaires différenciés est à l'origine d'un autre
gain d'efficacité. Du point de vue de la politique économique, la mise en évidence
de forts courants d'échanges de biens intermédiaires a plusieurs conséquences :
- la spécialisation effective peut diverger de la spécialisation apparente ;
- la protection effective peut différer de la protection apparente ;
- la régionalisation, en tant que démarche à caractère institutionnel, peut se
heurter aux pratiques micro-économiques de division internationale des processus
productifs.
Seul ce dernier point sera examiné ici, dans la perspective d'une organisation
du commerce mondial autour de la "Triade".
Les méthodes empiriques sur l'échange de biens intermédiaires butent sur un problème
simple : les nomenclatures de commerce international n'ont pas été construites
avec la préoccupation de repérer ce type d'échange. La méthode utilisée dans cet
article consiste à réagréger les statistiques de commerce sur la base de la nature
technique des produits : matières premières, transformés, pièces détachées, biens
finals.
Un premier résultat important apparaît sur les données de commerce de 1992 : les
biens finals représentent moins de la moitié du commerce des Etats-Unis, du Japon
et de l'Europe.
Par ailleurs, et ceci rejoint le débat sur la régionalisation, l'échange international
de biens intermédiaires dépasse largement les limites des éventuels " blocs commerciaux "
(la "forteresse Europe") : la CE, les Etats-Unis et le Japon sont fortement importateurs
de biens intermédiaires en provenance d'autres régions géographiques.
Dans les échanges inter-branche, les retournements d'avantage comparatif concernent
plus particulièrement les partenaires proches, et certaines branches comme l'automobile
(au sein de l'ALENA par exemple). Le Japon participe au commerce international
sur la base d'une logique horizontale plutôt que verticale de division du travail.
L'échange de biens intermédiaires est plus intra-branche que le commerce de biens
finals, ce qui souligne l'importance des gains potentiels de variété pour les
producteurs de la Triade. Les limites de la régionalisation apparaissent également
ici : si l'échange de biens intermédiaires est plus intra-branche celui de bien
finals, ce phénomène est plus marqué dans le cas des relations extra-régionales.
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Résumé |