Questions sur Mondialisation et grands émergents : la concurrence de la Chine et de l’Inde détruit-elle les emplois ?

Il me semble qu'à l'heure actuelle, ce ne sont pas vraiment la Chine ou l'Inde qui détruisent des emplois dans les pays développés, mais plutôt les groupes transnationaux qui alignent leurs systèmes productifs en fonctions de critères de coûts, de risques et d'opportunités de marché. En effet, l'essentiel des exportations de ces pays sont le fait de grandes entreprises occidentales. Je m'interroge par contre sur la capacité prochaine des entreprises chinoises et indiennes à créer des emplois dans les pays occidentaux. Ma question : y a- t- il des secteurs dans lesquels on pourrait envisager de voir des sociétés chinoises ou indiennes, à l'instar de Toyota à Valenciennes, s'implanter en France ou ailleurs en Europe? En dehors d'acquisitions locales de type Mittal (plus anglais d'ailleurs qu'indien!). Merci de votre éclairage.
Benoit Mat, Niort, le 24/04/2007
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    -Les entreprises multinationales jouent effectivement un rôle important dans l’expansion du commerce des pays émergents. D’une part elles ont investi en Chine où leurs filiales produisent et exportent. Actuellement les entreprises étrangères implantées en Chine réalisent plus de la moitié des exportations totales de la Chine et plus de 80% de ses exportations de matériel électronique. D’autre part les entreprises des pays développés sont des donneurs d’ordre auprès des entreprises des pays émergents. Ainsi dans le secteur textile, les sociétés de distribution dominent le marché et s’approvisionnent en Chine en Inde ou au Vietnam, en fonction de leurs priorités. L’entreprise américaine de grande distribution Wall-mart importait à elle seule pour 25 milliards de dollars de produits chinois en 2005, soit l’équivalent d’un quart de l’excédent commercial chinois. L’expansion commerciale des émergents a ainsi des retombées positives sur l’activité des entreprises des pays développés.

    -Effectivement, de plus en plus d’entreprises indiennes et chinoises investissent dans les pays développés, et acquièrent tout ou partie du capital de sociétés aux Etats-Unis et en Europe. Ces investissements ont lieu notamment dans les secteurs de nouvelle technologie. Récemment la société chinoise gérant une partie des réserves de change du pays a investi trois milliards de dollars dans une société d’investissement américaine. Il est probable que cette tendance n’en est qu’à ses débuts et qu’elle s’étendra à de nouveaux secteurs. L’impact sur l’emploi dépendra de la manière dont ces nouveaux investisseurs géreront leurs acquisitions. Dans le passé, les achats d’entreprises par les grands groupes japonais, par exemple, n’ont pas toujours été un succès. Selon l’AFII (Agence Française pour les Investissements Etrangers), entre 2004 et 2006, les investissements chinois en France ont conduit à la création ou au maintien de 1750 emplois.

Deux questions liées: 1 La concurrence des deux puissances montantes Chine et Inde ne peut pas être relevée par les pays Occidentaux tant l'écart est important. Les pays Occidentaux et l'UE notamment ne doivent ils pas accentuer ce qui fait leur force: le mélange de protection sociale élevée et d'économie de marché ? 2 Face à cette concurrence l'UE ne doit-elle pas renforcer sa politique commune pour substituer la concurrence interne (intra européenne) à une concurrence face aux acteurs internationaux? (Il s'agit de transposer le modèle des avantages comparatifs du niveau Etatique -proposée par Ricardo- au niveau Supra Etatique).
Zéphyr Serehen, Paris, le 09/05/2007
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    -Il est vrai que les pays développés ne peuvent relever la concurrence des émergents sur le marché des produits à fort contenu en travail non qualifié. Mais ils gardent toutes leurs chances dans les activités à forte valeur ajoutée, les produits haut de gamme, les activités en amont et en aval de la chaîne de production et commercialisation (design, marketing, innovation), dans les produits où la proximité du marché et la rapidité d’approvisionnement sont importantes.
    -On peut penser que les entreprises européennes trouvent dans la concurrence interne à l’Union (intra-européenne) un moyen de s’aguerrir et de renforcer ainsi leurs atouts pour gagner en compétitivité sur les marchés extérieurs.
    -Les politiques communes au niveau européen ont un rôle à jouer : une harmonisation fiscale est souhaitable ; la politique commerciale doit rester vigilante sur la question de l’accès aux marchés tiers. Mais, dans le contexte actuel de fragmentation internationale de la chaîne de valeur ajoutée, la concurrence entre les différents lieux de production, en Europe et à l’extérieur de l’Europe, s’exerce de plus en plus au sein d’une même entreprise. C’est le cas notamment dans le secteur textile, mais aussi dans l’automobile. Les grandes entreprises européennes sont d’ores et déjà engagées dans un processus de mondialisation, ce qui, en pratique, limite la portée d’une protection européenne.
    -Au niveau européen, les politiques publiques doivent faciliter les adaptations en élevant le niveau de formation, en favorisant la formation continue, en aidant à la mobilité géographique, sectorielle.

Comment décliner la question relative à ce que peuvent faire les économies développées, pour chacun des opérateurs de cette économie : - les acheteurs et consommateurs - les entreprises concernées - leurs salariés - leurs prestataires et fournisseurs - les investisseurs - les instances de certification de la qualité - les assureurs - les territoires d’accueil - les gestionnaires des Ressources Naturelles - les Pouvoirs Publics - les organismes d’assurance et de Protection Sociale - Les équipes de recherches et organismes de formation ? Pour chacun d’eux, quels sont, selon vous, les critères qui fondent les décisions de restructurations et qui induisent des écarts inacceptables entre les intérêts particuliers des investisseurs et ceux des autres parties ? Quels sont, selon vous, les limites qui les rendent inacceptables et quel type de régulation seraient de nature à faire converger ces intérêts ? En quoi et comment, selon vous, la contractualisation entre ces opérateurs, la mise en oeuvre de la R.S.E., une réglementation adaptée,des accords internationnaux et une fiscalité engagée pourraient-ils devenir des outils de responsabilisation de chaque opérateur dans son champ de compétences ?
René DARSY Consultant, Montargis, le 09/05/2007
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    L’avènement des grands émergents dans l’économie mondiale a des effets directs et indirects sur l’organisation et le fonctionnement de nos économies, change les rapports de forces entre les acteurs. La concurrence de ces pays met sous pression les institutions qui assurent le fonctionnement du marché du travail (salaires minimum, pouvoir de négociation des syndicats, relations employés employeurs, etc). Elle se traduit par des gains et des pertes : aux emplois perdus ou déplacés correspondent des gains de pouvoir d’achat et des déplacements de la demande vers d’autres biens et services. Les services et l’économie de l’immatériel (commerce, design, logistique, recherche) prennent de plus en plus d’importance : dans le textile par exemple, ce sont les distributeurs qui dominent le marché.
    Ce qui paraît essentiel est que les politiques publiques répondent efficacement aux difficultés d’ajustement : aident les acteurs confrontés à ces chocs, stimulent la création de nouvelles entreprises, favorisent les entreprises productives car ce sont elles qui créent des emplois, évitent de susciter des situations de rente.

A mon avis, avant de répondre à la question du forum, essayez de voir ce que les pays développés ont causé comme degats aux pays sous-développés avec leur politique de libéralisme imposée. Pour une fois que les pays développés se sentent menacé par ces pays émergents ,il faudrait laisser faire la concurrence sur l'économie mondiale tant qu'elle est correcte, c'est ce que les pays riches n'arrêtent pas de chanter à chaque rencontre sur le commerce international, mais c'est bien le contraire qui est applique d'abord par leur part en ce qui concerne l'agriculture et le textile... .merci.
Intervenant, alger, le 12/05/2007
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    On voit déjà que l’émergence de grands pays en développement dans l’économie mondiale modifie les rapports de force entre pays développés et pays en développement. Les pays en développement pèsent de plus en plus lourd dans l’économie et le commerce mondial et donc dans les négociations commerciales internationales, notamment à l’OMC. Ainsi le Groupe des 20, mené par le Brésil, rassemble les grands pays en développement (dont la Chine, le Mexique) qui défendent leurs intérêts commerciaux face à ceux des pays industriels ; ils sont désormais capables de tenir tête à ces derniers et de poser leurs conditions pour l’avancée des négociations (par exemple la baisse des soutiens à l’agriculture aux Etats-Unis et en Europe). Néanmoins les pays en développement ne constituent pas un ensemble homogène et les intérêts des grands émergents ne coïncident pas toujours avec ceux des autres pays en développement, et notamment ceux des pays les moins avancés.

1) Le terme « valeur ajoutée » n’a pas été employé, et pourtant il me semble que le nœud du problème dans cette confrontation se trouve dans le partage de la valeur ajoutée.
Pour simplifier, on peut dire que si l’on achète aux chinois des vêtements finis au prix où précédemment on achetait le coton, c’est équivalent à une situation où l’on aurait installé des machines pour remplacer les emplois nécessaires pour la confection des vêtements. La situation est donc comparable à celle qui résulterait d’un progrès technique dont on sait qu’à terme les effets sont bénéfiques, aussi bien en termes d’emploi que de consommation.
La situation est différente si les chinois parviennent à capter la valeur ajoutée, car alors nos pays s’appauvriraient réellement.
Les délocalisations seront donc une chance pour nos pays seulement s’ils se révèlent capable de développer les activités de service qui leur permettent de conserver la plus grande part de la valeur ajoutée : prédominance de la distribution sur la production, marketing intense pour soutenir les prix, etc…
Les intervenants ont bien parlé de l’importance des marques, du design, etc…, mais le terme de « pouvoir de marché » n’a pas été prononcé. Trop incorrect sans doute ?
2) Il semble désormais admis que la croissance reposera de plus en plus dans l’avenir sur les services. Comme on l’a vu ci-dessus, c’est déjà une évidence pour les pays développés. A échéance ce sera aussi vrai pour les autres pays compte tenu de l’épuisement des richesses naturelles. Ceci devrait conduire à ouvrir une réflexion sur le sujet suivant :
En matière de sciences économique, le fait de considérer qu’un trop grand éventail des revenus est un frein à la croissance et par conséquent à l’emploi est considéré comme un paradigme. Il en résulte que les politiques destinées à resserrer cet éventail sont encouragées.
Ce paradigme est sans doute justifié dans des économies telles que nous les avons connues dans le passé, où la croissance repose principalement sur la production de biens industriels. Dans de telles économies il y a des effets d’échelle, et en conséquence il faut faire en sorte que le plus de gens possible aient accès au produit pour que les couts baissent, par exemple en prenant à ceux qui ont trop pour le donner à ceux qui n’ont pas assez, ce qui aboutit à un écrasement de l’éventail des revenus.
La question alors est de savoir si le paradigme tient encore dans une économie où la croissance repose sur les services ?
Dans le cas des services à la personne, c'est-à-dire les situation où une personne en paie une autre pour la libérer d’un travail qu’elle pourrait faire elle-même, il est évident que non : en effet, si deux personnes ont le même revenu, l’une ne va certainement pas travailler une heure pour acheter une heure de service d’une autre personne ; elle préfèrera faire le travail elle-même, d’autant plus que compte tenu des prélèvements divers et autres couts de transaction, il lui faudra sans doute travailler deux heures pour s’offrir une heure. Si par contre la première personne gagne beaucoup plus que la seconde elle n’hésitera pas à l’employer. Dans cet exemple, il apparaît donc que l’ouverture de l’éventail des revenus est favorable à l’emploi. Dans d’autres domaines, de nombreux emplois ne peuvent exister que si l’éventail des revenus est largement ouvert : la production artistique par exemple et toute l’industrie du luxe.
Evidemment, la problématique générale est plus complexe que celle qui résulte de ces exemples; la personne employée peut disposer d’un savoir faire plus élaboré que l’employeur, par exemple travailler deux fois plus vite, ou faire deux fois plus beau. Il y a alors un effet de qualification. Pour d’autres catégories de service il peut exister des effets d’échelle, par exemple, une troupe de théâtre peut jouer dans une salle de 200 personnes ou de 2000 personnes, etc… Mais le gisement de valeur résultant de l’amélioration de la qualité ou des effets d’échelle est-il aussi important en matière de service qu’en matière de production de biens industriels, assez important pour justifier la validité du paradigme existant ?
Je pense que la question mérite d’être posée. Ce n’est qu’une intuition, et je n’ai pas les connaissances économiques suffisantes pour l’étayer, mais le Cepii l’a. Je pense aussi que si mon intuition se révélait justifiée, le changement de paradigme est un sujet qui mérite d’être débattu dans une enceinte comme celle du Cepii.

    Réponse
    1) Ce n'est pas strictement équivalent: qui produit la machine ? Mais ceci dit votre argument est intéressant et reprend d'ailleurs l'idée de Grossman et Rossi-Hansberg sur le commerce de taches et le gain de productivité (http://www.princeton.edu/~grossman/offshoring.pdf).
    Le Nord ne s'appauvrit pas nécessairement si la Chine "capte" la valeur ajoutée : les ressources au Nord sont employées a d'autres taches, il y a spécialisation.
    Il est juste que la maîtrise de la chaîne de valeur joue un rôle clé, d'autant qu'une grande partie de la VA est située très en amont (conception) et très en aval (distribution, marketing).
    Le terme de marche est parfaitement correct et adapté: ce pouvoir permet d'extraire une rente partagée entre les salariés et les entreprises au prorata du pouvoir de marché des salariés (des syndicats) lui même amoindri par les délocalisations.
    2) la question de la distribution des revenus est plus délicate. On peut chercher a réduire les inégalités pour d'autres motifs que les économies d'échelle... L'argument est plutôt que la redistribution est plus difficile dans une économie très ouverte ou les facteurs les mieux rémunérés sont les plus mobiles internationalement.
    L'argument des deux individus a même revenu est discutable: votre comparaison porte sur des revenus moyens d'une part, et le coût d'opportunité du loisir d'autre part. Je peux parfaitement désirer employer les services d'un chanteur qui aura le même revenu que moi et y trouver une utilité plus grande que de chanter pendant mes loisirs. La culture, enfin, n'est pas délivrée au prix de marché mais très largement subventionnée: votre ticket d'opéra ne paie pas les chanteurs. C'est un cas de redistribution "a l'envers", vers les CSP+.
    Enfin notre industrie du luxe "vit" de plus en plus sur les marches émergents que de l'inégalité des revenus en France.
    Si quelque chose est favorable à l'offre de travail par les salariés (et non a l'emploi) c'est la réduction de l'imposition marginale.
    En conclusion, ce que vous appelez changement de paradigme est un vrai sujet méritant d'être reformulé comme suit: la redistribution est d'autant plus nécessaire mais d'autant plus difficile dans une économie mondialisée. Elle doit donc trouver des formes originales.

A propos du dossier statistique sur les Grands émergents :
Page 4 : comment s'explique le passage du Japon de 17,5% du Pib mondial en 1993 à 10,9 en 2005 ? N'y a-t-il pas une erreur dans les chiffres ?
Page 6 : le chiffre de 5,5 sur le poids de la France dans les exportations mondiales pour le2004 paraît très étonnant. Les industriels aboutissent plutôt au chiffre de 4,5%.
    Réponse
    Les données figurant dans le dossier statistiques sont tirées da la Base de donnée CHELEM du CEPII.
    -Concernant le Japon, la baisse du poids du Japon dans les PIB mondial s'explique par 2 facteurs:
    1) La période 1993-2005 a été une période de faible croissance (en volume) pour l'économie japonaise qui a connu une croissance annuelle moyenne du PIB de 1.2% alors que la moyenne mondiale était de 3%.
    2) L'économie japonaise a connu au cours de cette période une hausse des prix moins forte que la moyenne mondiale. Dans le dossier statistique, les données de PIB sont en prix courants et reflètent donc aussi cette évolution des prix relatifs. En prix constants (2000), la baisse du poids du Japon serait moins forte: il passerait de 17.0% à 13.7%.
    Les données de la base CHELEM sont cohérentes avec celles fournies par les organisations internationales (Banque Mondiale)
    -Concernant le poids des exportations de la France dans le total mondial: le chiffre de 5.5% en 2004 représente le poids de la France dans les exportations manufacturières, qui recouvrent les produits transformés industriels et agricoles (industries alimentaires ) .
    Le poids des exportations de la France dans le total mondial (y compris énergie, matières premières, produits agricoles bruts) est effectivement de 4.5%.
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